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Zéro Déchet Touraine

Une brève histoire de l’incinération en Touraine : 100 ans d’économie circulaire du brûlage

Mise à la une – dimanche 10 décembre 2023

usine d'incinération Paris-Plage (années 1900)

Alors que le syndicat Touraine Propre vient de saisir la Commission Nationale du Débat Public pour le projet d’un ou deux incinérateurs en Touraine, Zéro Déchet Touraine souhaite vous retracer l’histoire de l’incinération en Touraine et en France.

A Javel on fait du propre, à Tours l’incinération mort-née


La première usine d’incinération française a vu le jour il y a 130 ans à Javel (1) , ça ne s’invente pas ! Cette incinération fut portée par les hygiénistes « vantant les vertus purificatrices du feu » selon Catherine De Silguy. Les agronomes furent vent debout et s’indignèrent de la perte irrémédiable de la matière organique. Aujourd’hui encore, brûler de l’eau n’a pas beaucoup de sens, incinérer des biodéchets c’est une rupture dans le cycle du vivant.


A Tours, la ville a failli suivre la vague, elle a finalement failli tout court. Un arrêté préfectoral daté du 23/11/1897 autorisa la construction de l’incinérateur entre la rue St-François, la levée du Cher et les rails de la ligne de Nantes. L’usine à brûler était prête à fonctionner en juin 1900. Elle coûta plus de 100 000 francs soit environ 39 millions d’euros actuels. L'usine ne fonctionna jamais, elle fut vendue et mise aux enchères par adjudication par la ville de Tours (Mise à prix 1 000 francs).


1923 : revoilà l’incinération à Tours, pour de bon cette fois


Malgré l’échec précédent, la ville de Tours, après des visites d’autres installations ailleurs, donna son aval pour construire le premier incinérateur du département. L’arrêté préfectoral autorisant l’usine d’incinération des ordures datait du 5 février 1924. L’usine recevait 50 tonnes/jour la 1ère année en fonctionnant 16 heures/jour. La SEPIA, l’exploitant d’alors, estima à 500-700 grammes la production d’ordures par habitant. En prenant 600g, cela revenait à 219 kg/hab./an. Bien que la composition des ordures ait évolué, un habitant du département produisait encore 200 kg/hab en 2021 selon le syndicat Touraine Propre. Il faut y ajouter la production des collectes séparées du quotidien (emballages, papiers, biodéchets…) et les déchets occasionnels de déchèterie pour trouver la somme produite en 2021, près de 600 kg de déchets ménagers. Un record. Ménages ne vous flagellez pas trop, selon l’Ademe, près de 90 % des déchets produits en France viennent des entreprises, quand celles-ci supportent 55 % des coûts selon le Ministère de l’écologie.


L’usine à brûler tourangelle fut étendue car elle ne pouvait plus absorber les volumes initiaux d’ordures. De 50 tonnes au départ, la pompe brûlante absorba 90 tonnes par jour l’année suivante, en 1926, grâce à l’adjonction de 4 nouveaux fours. En 1925, « l’incinérateur des ordures ne doit donc rien coûter à la Ville, mais en tirer des bénéfices appréciables » selon les archives. En 1930, l’exploitant Sepia fut liquidé, la ville a repris la gestion en régie car l’exploitation était trop coûteuse notamment du fait d’ajout de charbon pour la combustion, de l’entretien, et de la main d’œuvre. Des fours furent remplacés et rénovés en 1927 et 1933. La solution tira sa révérence en 1950. Les emprunts contractés en 1923 furent remboursés jusqu’en 1953.


Depuis l’incinération fait long feu sauf à Saint-Benoît-la-Forêt


En plus de l’échec de 1897, une somme d’autres s’y est ajouté, à l’exception de l’incinérateur de Saint-Benoît-la-Forêt. Chronologiquement, il y eut un projet d’incinérateur :

  • à l'Est de la ville de Tours en 1976 ;
  • à Azay-le-Rideau en 1979 ;
  • à La Riche au début des années 1980 (1984 notamment) ; 
  • Neuillé-Pont-Pierre en 2004 (Ballan et Saint-Pierre-des-Corps furent envisagés aussi).

Les projets furent mis en échec, mais des décharges ou autres modes de traitement (usine de broyage-compostage-enfouissement par exemple) ont généralement vu le jour à côté. Retrouvez plus de détails sur notre carte historique.


Si l’usine d’incinération de Saint-Benoît-la-Forêt vit le jour suite à l’arrêté du 18 août 1982 pour accueillir 23 000 tonnes par an, elle ne fut pas agrandie au début des années 2000. Mais le Smictom du Chinonais mit plus de 2 millions d’euros pour moderniser l’équipement. Après cette mise aux normes, le Smictom du Chinonais voulut augmenter la capacité de l’incinérateur pour atteindre 40 000 tonnes. Ce projet achoppa pour diverses raisons (changements politiques, extension de capacité d’enfouissement à Chanceaux-près-Loches…). Achoppa… jusqu’à ce qu’il soit relancé par les collectivités Touraine Propre et le Smictom du chinonais notamment dans le cadre de la consultation à venir en 2024… 


L’incinération en France, où en est-on ? 


Si la 1e usine de destruction matières et biens de consommation par brûlage vit le jour en 1897, la dernière n’est pas encore connue. L’histoire récente nous dit qu’en 1993, il y avait 298 usines thermiques d’incinération traitant un peu plus d’un tiers des déchets ménages et assimilées des français (2).
 

Près de 34 millions de DMA était traité en 1993 soit 591 kg/hab./an (Source : Ifen 1995)


En 2019, 6 millions de tonnes en plus étaient recensés soit près de 39 millions de tonnes de DMA. La tendance quantitative depuis trente ans est à la baisse de l’enfouissement mais à l’augmentation de l’incinération pour les DMA. De 11,3 millions de tonnes incinérées en 1993 (dont 8,3 avec récupération d’énergie), nous sommes passés à près de 13 millions de tonnes en 2019. Si la loi « croissance verte » de 2015 a fixé des objectifs de baisse de l’enfouissement, aucun objectif similaire n’existe sur l’incinération.

Depuis dix ans, le tonnage de DMA incinérés se rapproche de l’enfouissemet (source : Ademe, 2021)
 
Désormais, le nombre d’unités d’incinération a été divisé par plus de deux en trente ans. Nous sommes désormais à moins de 130 unités. Comme les autres modes de traitement que sont les centres de tri des déchets ménages, les centres d’enfouissement, les usines d’incinération font l’objet de rationalisation. La proximité ayant laissé la place à la massification pour accueillir des tonnages grandissants et tenter de faire des économies d’échelles notamment.
L’association Zéro Déchet Touraine restera vigilante quant à la priorisation de la réduction des déchets pour ne pas réitérer les erreurs du passé. 

Hugo Meslard-Hayot

(1) Ancienne ville absorbée par Paris ensuite

(2) 219 usines sans récupération d’énergie et 79 avec récupération d’énergie.


Sources : 
Ademe, 2023. Chiffres clés des déchets, édition 2023.
Archives départementales d’Indre-et-Loire.
De Silguy C., 2009. Histoire des Hommes et de leurs ordures. Editions Le cherche midi, 346p.
Genot B., 2013. Planifier la gestion des déchets non dangereux en Indre-et-Loire : acteurs, droit et territoires. Mémoire de master 2, 143p.
Ifen, 1995. Les installations de traitement des déchets ménagers et assimilés.
MCET, 2022. La dépense de gestion des déchets en 2019
Odile POULAIN (ADEME), Julien BOUZENOT et Aude CARTOUX (Rudologia), Novembre 2021. La collecte des déchets par le service public en France en France en 2019 : résultats clés et zooms thématiques, 46 pages.


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